République Dominicaine 1/2 Santo Domingo

Posted by

1.Géographie de la République Dominicaine

La République dominicaine occupe 64 % (48 730 km2) de l’île d’Hispaniola, les 36 % restant (27 750 km2) étant occupés par Haïti. Le pays comprend aussi quelques îles limitrophes, dont Beata au sud-ouest et Saona au sud-est. Santo Domingo est la capitale du pays et sa plus grande ville (3,5 millions d’habitants). Le pays, divisé en 29 provinces, se répartit entre des côtes (1 500 km de côtes, dont 600 km de plages où déferlent chaque année 4 millions de touristes), des plaines agricoles et des montagnes (concentrées dans la partie occidentale du pays). La châine centrale (Cordillera central) occupe une grande partie du centre du pays, le point culminant étant le Pico Duarte (3 098 m). Pas moins de 14 failles sismiques traversent ll’île d’Hispaniola dont la faille Enriquillo allant d’est (République Dominicaine) en ouest (Haïti).  En termes de séismes, la République Dominicaine a jusqu’ici eu plus de chance qu’Haïti. Le dernier grand séisme, dans le nord-est du pays, remonte à 1946, et était accompagné d’un tsunami.
Bien que la République Dominicaine soit plus verte qu’Haïti, la forêt dominicaine ne représente plus que 10 % environ de la surface totale du pays contre 85 % en 1909. Le pays a tenté d’endiguer la déforestation en créant des parcs nationaux et des réserves scientifiques qui couvrent aujourd’hui 28 % du territoire. La République Dominicaine est très dépendante des énergies fossiles et importe la quasi totalité de son pétrole du Venezuela (environ 200 000 barils par jour).
La population de la République dominicaine est de 10 millions d’habitants. En son sein, il faut faire une mention particulière de la population haïtienne. On estime entre 100 000 et 1 million le nombre d’Haïtiens vivant aujourd’hui sur le territoire dominicain où 90% de la main d’oeuvre employée dans l’industrie sucrière est constituée d’immigrants haïtiens. Arrivés en République Dominicaine grâce à des réseaux de passeurs qui leur demandent souvent des sommes exorbitantes pour leur faire traverser la frontière, les haïtiens rejoignent généralement des bateyes, les camps de baraques des plantations sucrières, où ils sont employés en tant que saisonniers dans l’industrie de la canne à sucre. On compte quelque 400 bateyes (villages de coupeurs de canne à sucre) répartis dans 16 «ingenios» (les raffineries de sucre). Certains haïtiens sont là depuis plusieurs décennies, d’autres depuis plusieurs générations. Bien que leur force de travail soit indispensable à l’économie du pays, ils sont toujours considérés comme des immigrés quasi-clandestins. Ils ne possèdent souvent aucun papier d’identité, à part une carte de travailleur saisonnier expirée depuis bien longtemps. Ils sont donc sous la menace permanente d’une expulsion et n’ont aucun accès aux droits sociaux de base, comme la santé, l’éducation ou les pensions de retraite ou de maladie. La situation est encore pire pour les enfants nés de parents haïtiens sur le sol dominicain. N’étant reconnus par aucun des deux gouvernements, ces immigrés de deuxième ou de troisième génération, apatrides et virtuellement inexistants, vivent dans la hantise d’une expulsion vers un pays qu’ils ne connaissent même pas. Régulièrement arrêtés par la police, les services de l’immigration ou l’armée, entre 20 000 et 30 000 Haïtiens sont reconduits à la frontière chaque année.

2. Histoire de la République Dominicaine

a. Conquête espagnole
À l’origine, l’île d’Hispaniola était peuplée par les Arawaks (ou Taïnos) et les Caraïbes. Les premiers indigènes  avaient nommé leur île Ayiti, («Terre des hautes montagnes»), Quisqueya ou encore Bohio. Christophe Colomb découvrit l’île le 6 décembre 1492 et la baptisa Española («l’Espagnole») qui deviendra Hispaniola («Petite Espagne»). L’île d’Hispaniola fut organisée en colonie par Bartolomeo Colomb — le frère de Christophe — qui fonda, en 1496, la Nueva Isabela (la «Nouvelle Isabelle» en hommage à la reine de Castille). En 1502, cette ville fut anéantie par un cyclone et reconstruite par le gouverneur Nicolás de Ovando; elle prit alors le nom de «Santo Domingo de Guzmán» (Saint-Domingue, en français). À partir de 1508, Santo Domingo se développa et devint la siège de la première vice-royauté des Amériques (Don Diego Colomb, fils de Christophe Colomb, sera le premier vice-roi et gouverneur des Indes), de la première cathédrale Nuestra Señora de la Encarnación (Notre Dame de l’Incarnation), du premier hôpital San Nicolás de Bari (construit entre 1503 et1508), du premier évêché, de la première université, et du premier Tribunal royal créé en 1511 dont la juridiction s’étendait sur toutes les terres découvertes dans le Nouveau Monde.

b. L’extermination des autochtones
La découverte, par les espagnols, de l’île d’Hispaniola fut fatale pour les populations autochtones. Les Espagnols soumirent en effet les Arawaks et les Caraïbes à des travaux forcés afin d’extraire l’or des mines et, en moins de vingt-cinq ans, les populations autochtones de Santo Domingo furent complètement décimées par les guerres, les maladies, les suicides collectifs, etc. Bartolomé de Las Casas prit la défense des Indiens et écrivit : « Les Indiens ont toujours eu une guerre juste contre les chrétiens, alors que la guerre des chrétiens a toujours été injuste ». Il dénonça les massacres perpétrés par les Espagnols notamment à Hispaniola : « Sur les trois millions d’âmes que nous vîmes dans l’île espagnole, il n’y a plus aujourd’hui, comme indigènes, que deux cents personnes. »
Las Casas se rendit à Hispaniola en 1498, avec son père, puis en 1502. Il s’y installe, entre dans l’ordre des Dominicains et est nommé prêtre de Saint-Domingue en 1510 : c’est la première ordination du Nouveau Monde. Le pouvoir espagnol en place a mis en place le système de l’« encomienda » ou « repartimiento » où les terres sont distribuées aux colons et des Indiens leurs sont « attribués » pour en entreprendre l’exploitation. Las Casas s’indigne et refuse les terres qu’on lui offre (et les indiens qui vont avec…). Il assiste au génocide des indiens qui meurent du fait de la violence, l’alcool, les maladies et la surcharge de travail. Bartolomé de las Casas s’engage alors dans une lutte de cinquante ans durant laquelle il fera plus de quatorze voyages entre les deux continents, voyages qui pouvaient durer entre soixante et quatre vingt dix jours dans des conditions particulièrement éprouvantes. Il prend le parti des indiens et ses prêches deviennent de véritables réquisitoires contre les privilèges énormes que se sont octroyés les Espagnols. En novembre 1542, à la suite de son action, sont rédigées les « lois Nouvelles » qui comportent quarante articles couvrant quatre dispositions principales : la liberté naturelle des Indiens et la remise en liberté des esclaves ; la liberté du travail, la limitation des charges et l’interdiction des pêcheries de perles ; la liberté de résidence et la libre propriété des biens, punissant ceux qui seront violents ou agressifs envers les Indiens ; l’abolition du système des encomiendas. L’application des Nouvelles Lois sera un échec. Pour remplacer les autochtones en voie d’extermination, les Espagnols importèrent des Noirs d’Afrique.

c. La cohabitation avec Haïti
A partir des années 1580, la guerre de course anglaise et française commença à ravager l’île, avec en particulier l’attaque par Sir Francis Drake en 1585. Le traité de Ryswick de 1697 partage l’île en une partie occidentale (Saint-Domingue, qui deviendra Haïti) qui revient à la France et une partie orientale qui reste à l’Espagne. Dans la partie française, Saint-Domingue, les Français importe massivement des esclaves noirs pour travailler dans les plantations de canne à sucre. En 1789, à la veille de la Révolution française, la colonie de Saint-Domingue compte 700 000 esclaves pour moins de 50 000 blancs. En comparaison, la partie espagnole ne compte que 30 000 esclaves.
Par le traité de Bâle de 1795, l’Espagne cède sa colonie à la France. En 1801, après la grande révolte des esclaves dans la partie française, Toussaint-Louverture reprend possession de la partie orientale qu’il veut rattacher à Haïti. Cependant, les troupes françaises, défaites à Haïti, se maintiennent dans la partie orientale de l’île, qui reste rattachée à l’Espagne, par un statut reconnu par le traité de Paris (1814).

En 1822, le président haïtien Jean-Pierre Boyer annexe la partie orientale, mais ne parvient pas à réaliser l’unification de l’île. En 1844, une insurrection chasse la garnison haïtienne de la partie espagnole qui proclame son indépendance et devient, le 27 février 1844, la République dominicaine, grâce à Juan Pablo Duarte, Francisco del Rosario Sanchez et Ramon Matias Mella, surnommés les «pères de la patrie». Craignant toujours une invasion haïtienne, la République dominicaine, conduite depuis 1844 par le président Pedro Santana, demande l’aide de l’Espagne qui annexa à nouveau le pays. En février 1865, les Dominicains recouvrent leur indépendance. De 1844 à 1930, la République dominicaine connaîtra 50 changements de président et 30 révolutions.

Tout au long du 19e siècle, la République dominicaine reçoit de nombreux immigrés (juifs de Curaçao, Canaries, Palestiniens, Libanais, Cubains, Portoricains, Italiens, Allemands, Japonais, Espagnols) mais ne cesse, aujourd’hui encore, de se percevoir plus comme une société hispanophone en partie européenne que caribéenne. En 1906, la République dominicaine signe un traité de cinquante ans avec les États-Unis qui prennent le contrôle économique du pays et même militaire par une occupation qui dure de novembre 1916 à 1924. Les américains y développent l’agriculture d’exportation (banane, canne à sucre), les infrastructures et une garde nationale d’où sera issu où le général Rafael Leónidas Trujillo y Molina (1891-1961).

d. Ere Trujillo
Élu en 1930 avec le soutien des États-Unis, Trujillo instaure une dictature, marquée par une répression impitoyable. Le pluripartisme est interdit, les opposants sont persécutés, et Santo Domingo est rebaptisé en Ciudad Trujillo. Il fait main basse sur l’économie de la République Dominicaine en s’appropriant de nombreuses entreprises. Raciste, en 1937 il ordonna le massacre de plusieurs milliers d’haïtiens pour « blanchir » la population Dominicaine. »Sous la présidence de Trujillo, il n’y avait rien de pire que d’être noir » raconte le poète africain américain Blas Jiménez. L’animosité à l’égard des Haïtiens est tenace. Quand la militante des droits des immigrés Sonia Pierre a remporté le prestigieux prix des droits de l’homme Robert F. Kennedy en 2006, le gouvernement a riposté en essayant de la priver de sa citoyenneté, au motif qu’elle serait en fait haïtienne. « Il y a un refus incroyable de la couleur noire – ce qui est noir est forcément mauvais », explique la féministe noire Sergia Galván. « La couleur noire est associée à l’opacité, à l’illégalité, à la laideur, à la clandestinité. Il règne ici la dictature d’un certain type de beauté et la pression sociale est extrêmement forte. Il y a même des écoles où les tresses africaines et les cheveux crépus sont interdits. » Compromis dans une tentative d’assassinat du président vénézuélien Betancourt, Trujillo fut condamné par l’Organisation des États américains (OEA) et, finalement, abandonné par les États-Unis. Le 30 mai 1961, il est assassiné sur la route qui mène de Saint Domingue à San Cristobal lors d’une embuscade. La mort violente de Rafael Trujillo est suivie par des bouleversements politiques importants qui mèneront à la tenue d’élections libres en 1962 qui seront remportées par le libéral de gauche Juan Bosch, chef du Parti Révolutionnaire Dominicain. Mais un coup d’État militaire le renverse rapidement et une guerre civile s’empare du pays. Les États-Unis occupent alors de nouveau l’île et organisent des élections qui portent au pouvoir Balaguer en 1966. Il sera réélu en 1970, 1974, 1986, 1990 et 1994. Plusieurs présidents se succéderont ensuite : Hipólito Mejia (2000-2004), Leonel Fernandez (2004-2012) et Danilo Medina (depuis le 16 mai 2012).

3. Santo Domingo

Santo Domingo est la capitale de la République dominicaine. Fondée en 1496 sur les rives du Rio Ozama par Bartolomé Colon, Santo Domingo est le plus vieux site de peuplement européen des Amériques et fut le premier siège du pouvoir espagnol dans le Nouveau Monde. La ville se nomma d’abord Nueva Isabela en l’honneur de la reine Isabelle de Castille. Puis, elle fut baptisée Santo Domingo en l’honneur de saint Dominique de Guzmán, le fondateur de l’ordre dominicain, car elle fut fondée le 4 août 1496, fête du saint. Entre 1936 et 1961, elle portera également le nom de Ciudad Trujillo en l’honneur de Rafael Trujillo qui dirigea le pays durant cette période. C’est à Santo Domingo que furent construits la première Cathédrale du Nouveau Monde en 1521, le premier fort pour protéger les colonies des attaques indigènes (Fortaleza Ozama), le premier monastère (San Francisco), le premier hôpital (San Nicolás de Bari) et la première université des Amériques vit le jour en 1534 (Santo Tomás de Aquino).
En 1508, Santo Domingo devint le siège de la vice-royauté des Amériques et Diego Colomb, fils de Christophe Colomb, installa sa première cour de Vice-roi et Gouverneur des Indes.  En 1511, le premier Tribunal Royal avait pour juridiction l’ensemble des territoires du Nouveau Monde. En 1502, un centre d’étude est fondé par Hernando de Gorjón, dans le Couvent des Dominicains et baptisé Santo Tomás de Aquino (Saint-Thomas d’Aquin). En 1538, la bulle papale In Apostolatus Culmine le transformera en université. L’institution existe encore de nos jours sous le nom d’Université Autonome de Santo Domingo (UASD), mais a été transférée à la périphérie de la zone coloniale.
Après l’or, c’est la culture de la canne à sucre qui permettra le financement des grandes constructions de Santo Domingo au 16e siècle.
La cathédrale Notre-Dame de l’Incarnation (en espagnol : Catedral Nuestra Señora de la Encarnación ou Catedral Primada de América) est le premier édifice de ce type construit au début du XVIe siècle sur le continent américain par les espagnols. Elle se trouve aujourd’hui dans la zone coloniale, quartier historique de ville inscrit au répertoire du patrimoine mondial de l’UNESCO. La première cathédrale qui fut consacrée par le pape Jules II était une construction de bois constitué d’un toit recouvert de feuilles de palmes et dont le sol était fait de terre battue. La première pierre de l’édifice définitif fut posée le 26 mars 1514 par le premier évêque de Saint-Domingue Mgr Francisco Garcia de Padilla, selon les plans conçus par l’architecte sévillan Alonso Rodríguez et réalisés par son confrère Luís de Moya.
Les travaux se prolongèrent jusqu’en 1535 et ne furent jamais achevés dans leur intégralité. Consacrée en 1541, elle obtint, à la demande de l’empereur Charles Quint, le statut de cathédrale métropolitaine, suite à l’érection du diocèse de Saint-Domingue en archidiocèse et à la désignation de son titulaire comme « Primat des Indes », le 12 février 1546 par le pape Paul III. En 1586, lorsque le corsaire anglais Sir Francis Drake pilla Saint-Domingue, la cathédrale lui servit de quartier général. Dans son mémoire America Inter de 14 juin 1920, le pape Benoît XV lui octroya le titre, droits et privilèges de Basilique mineure. Jusqu’en 1992, la cathédrale abrita également les restes supposés de Christophe Colomb, avant qu’ils ne soient transférés au Phare de Colomb.

Sources :
http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/rep-dominicaine.htm
http://www.cityzeum.com/ar/l-histoire-de-la-republique-dominicaine-dans-ses-grandes-lignes
http://altermondes.org. Des esclaves haïtiens au paradis. Par Sarah Portnoï
http://www.montraykreyol.org. République Dominicaine : la dictature de la blancheur. Par Frances Robles. The Miami Herald mardi 17 juin 2008.

 

Découvrez le pays dont est publié notre article !

Laisser un commentaire