Le Parc de la Comoé revient de loin

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LE PARC NATIONAL DE LA COMOE REVIENT DE LOIN

  • Le plus grand parc d’Afrique de l’Ouest

Fondé en 1953 sous le nom de Réserve de Bouna, le « Parc national de la Comoé » a reçu son appellation définitive en 1968, du nom du fleuve qui le traverse sur 240 km du nord au sud. Ses 11 150 km2 de surface sont à cheval sur 3 régions (Boukani, Tchologo et Hambol), 6 départements (Bouna, Tehini, Doropo, Nassian, Kong, Dabakala) et 20 sous-préfectures. C’est le plus grand parc d’Afrique de l’Ouest, avec le complexe transfrontalier Parc du W (Niger)-Arly (Burkina Faso)-Pendjari (Bénin). Parmi les aires protégées de la Côte d’Ivoire, le Parc de la Comoé fait partie de celles les mieux conservées, avec le Mt Sangbé, le Mt Nimba, Taï, Banco, Azagny et Ehotilé, les autres (Mont Péko, Marahoué, Abokouamekro, Haut Bandama) étant très dégradés.

  • Une biodiversité exceptionnelle

De par sa situation au confluent de la savane arbustive des pays sahéliens et de la forêt humide des pays côtiers, le Parc de la Comoé abrite une biodiversité animale et végétale d’une richesse exceptionnelle. Le parc compte en effet près de 650 espèces végétales, et plus de 1 000 espèces animales, caractéristiques à la fois de la savane et de la forêt. La faune compte plus de 500 espèces d’oiseaux, 150 mammifères, 35 amphibiens, 75 reptiles, 70 poissons et ressources halieutiques. Le Parc National de la Comoé compte plus des trois quart des espèces de grands mammifères du pays, et présente, pour les ongulés, une plus grande diversité d’espèces que celle des grands parcs d’Afrique de l’Est, souvent cités comme des références en la matière.

  • Epuisement de la faune

De 1970 à 1990, les dénombrements réalisés ont montré une importante diminution des effectifs de grands mammifères du Parc de la Comoé, les pertes étant estimées à 80 % pour le Cobe de Buffon, 75 % pour l’Eléphant, et 50 % pour le Buffle, le Bubale, l’Hippopotame, le Guib harnaché, l’Hippotrague et les singes Babouin, Pata et Vervet. L’absence de modification des conditions climatiques, hydriques et fourragères laisse comme seule explication une aggravation du braconnage à l’intérieur du parc. Le déclin des éléphants de forêt était connu et l’on pensait les éléphants de savane hors de danger, mais cette belle assurance a disparu au vu de la chute des effectifs dans le Parc de la Comoé.

  • Le désastre de la crise

Si le déclin de la faune du Parc de la Comoé était clairement démontré sur la période 1970-1990, il n’avait en rien atteint le désastre que les années de crise (2002-2011) ont causé. Durant ces dix années, se sont donnés libre cours le braconnage, l’orpaillage et le surpâturage des troupeaux de bovins entrés illégalement dans la réserve. A tel point que les lions, qui étaient au nombre de 250 dans les années 1990, ont presque disparu et les 1 500 éléphants d’alors ne sont plus que 200 aujourd’hui. Grâce à la reprise en main de la gestion du parc ces dernières années, on parle d’un retour des animaux. Mais ils restent difficiles à voir. Traumatisés par les années où ils ont été impitoyablement pourchassés et tués, les animaux sont devenus étrangement silencieux. On n’entend plus le barrissement des éléphants, le rugissement des lions, le feulement des panthères et léopards, le beuglement des buffles, le brame des antilopes, le hurlement des singes, … comme si la mémoire installée dans la psyché des animaux avait créé une terrible méfiance à l’égard de l’homme.

  • Méfaits de l’orpaillage

La pratique artisanale de la recherche d’or et autres métaux et pierres précieuses, en plus d’être illicite, s’avère très dangereuse pour l’homme, les animaux et l’environnement car les orpailleurs qui creusent en détruisant la forêt et en abandonnant de gros trous, font également usage de substances chimiques particulièrement nocives pour l’écosystème. Malgré les chiffres très encourageants, obtenus grâce à la coopération entre l’OIPR et les populations, de fermeture de sites d’orpaillage clandestin dans le Gontougo et le Boukani et de condamnation des orpailleurs à des peines de plusieurs mois d’emprisonnement, le fléau n’a pas totalement été éradiqué.

  • Réhabilitation

Le Projet de Protection de la Biodiversité du Parc de la Comoé, de la GIZ, aide aujourd’hui l’OIPR à faire renaître le Parc de la Comoé de ses cendres. Situé en pleine zone de transition entre savane et forêt, le Parc de la Comoé est la vivante démonstration qu’une biodiversité riche et des écosystèmes sains sont le fondement de l’existence et du bien-être humains et une condition pour préserver les perspectives de développement. Des écosystèmes en bon état de fonctionnement fournissent en effet un grand nombre de services essentiels pour la vie humaine et ses moyens de subsistance, comme de l’eau propre, un sol fertile et le maintien des microclimats. La Coopération allemande a rénové son centre de recherche écologique, situé en plein centre du Parc, non loin du carrefour de Gaoui. Grâce au projet allemand, plus de 80 000 vidéos prises par des caméras cachées montrent la présence d’animaux qu’on croyait disparus. Seul le lion et la girafe manquent encore à l’appel. Les vidéos montrent également, qu’à l’instar de leurs cousins de Taï, les singes de la Comoé ont développé la technique de concassage des graines à l’aide de pierres, ainsi que des outils tels que la canne à capture d’insectes, des récipients pour s’abreuver dans le creux des arbres en saison sèche ou encore des techniques pour la cueillette de fruits.

  • Des populations partenaires

Une politique de l’OIPR est de faire des populations riveraines du Parc des partenaires à part entière de la renaissance de ce paradis écologique. Tous sont incités à lutter et proscrire le braconnage, l’orpaillage clandestin et le pâturage illicite des bovins. Le tourisme inclusif est une des clés de voûte de cette lutte. Cette approche du développement du tourisme encourage la mise à contribution des communautés locales dans les activités de préservation : entretien des pistes, mise à feu contrôlée de la savane pour le renouvellement du couvert végétal nécessaire à l’alimentation des animaux, dénonciation des braconniers, reforestation. La reconversion des braconniers au pistage des espèces au profit de la recherche et même au métier de guide est encouragée. Le Parc de la Comoé est au cœur de la détermination de la Côte d’Ivoire à préserver le rôle des aires protégées dans le maintien de la diversité biologique et des processus écologiques essentiels à la vie.                                   Pascal Gbikpi, 27 février 2018

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