DABOU, VILLE DES LAGUNES, CAPITALE DES ADJOUKROU

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Située au bord de la lagune Ebrié, à une cinquantaine de kilomètres d’Abidjan, Dabou est la « capitale » des Adjoukrou, peuple de la grande famille Akan, originaire du Ghana. Carrefour important durant l’époque coloniale, Dabou continue d’être une ville active, soucieuse de faire vivre son héritage culturel. 

  • Origines

Partis du Ghana, les Adjoukrou auraient d’abord séjourné dans les forêts de la région de Gagnoa-Divo avant de migrer plus au sud, sous la pression des bétés. Aux environs de la fin du 15e siècle, les Adjoukrou traversent le Bandama et s’établissent au bord de la lagune Ebrié. Ils se mélangent avec les peuples Akan qu’ils trouvent sur place et adoptent leur culture. C’est ainsi qu’ils passent progressivement de la succession patrilinéaire à la succession matrilinéaire. 

  • Colonisation

En février 1843, le capitaine Faidherbe signe avec le chef de la confédération de Débrimou, un traité reconnaissant la souveraineté française. Quelques années plus tard, Louis Faidherbe fait édifier un fort en bordure de la lagune Ébrié, monument dont on voit encore quelques vestiges aujourd’hui. En 1896, Dabou devient un poste administratif puis chef-lieu de subdivision en 1903. Les produits en provenance d’Europe et débarqués à Assinie et Grand-Bassam transitent par Dabou avant d’être acheminés puis vendus à l’intérieur du pays. Inversement, les produits de la région (caoutchouc, palmier à huile, cacao, …) sont embarqués par le wharf de Dabou avant d’être exportés vers l’Europe. L’intensification des échanges conduit à la construction en 1931-32, sur la rivière Agneby, du pont de Dabou, encore appelé « Pont Eiffel » en raison de sa structure en acier. Ce pont, long de 41,6 m, constituera pendant longtemps la porte d’entrée dans l’intérieur du pays, permettant de relier Abidjan au reste de la Côte d’Ivoire (sud-ouest, centre-ouest, centre et nord). La mise en service de la grande route vers le nord mettra Dabou à l’écart des grands échanges stratégiques. Depuis, Dabou n’est plus qu’une petite bourgade que l’on traverse pour rejoindre la Côtière vers l’ouest. Dabou reste pourtant une des villes historiques qui ont joué un rôle important durant la période coloniale. Aujourd’hui, Dabou et les villages qui l’entourent représentent une population d’environ 200 000 habitants. Une des grandes richesses de Dabou et de sa région est la culture industrielle du palmier à huile et de l’hévéa (société SAPH). L’église catholique, la grande mosquée de Dabou, l’hôtel de ville, les bâtisses coloniales, … sont quelques-unes des attractions architecturales de la ville. 

  • Organisation des Adjoukrou

Les Adjoukrous sont organisés en 7 classes d’âge (Sêtê, N’djrouman, Abrouman, M’bédié, M’borman, Nigbéssi, Bodjl), composées chacune de 4 catégories : Odjogba (les aînés), Bago (les puinés), Kata (les cadets), et Boman (les benjamins). Le critère de recrutement n’est pas la classe d’âge du père, mais la catégorie perçue comme le rassemblement des hommes nés au cours d’une période de huit ans. Le cycle des classes d’âge est de cinquante six ans. Chaque classe comprend quatre sous classes qui intègrent chacune, les hommes nés au cours de deux années consécutives. Les charges au sein de la classe d’âge se transmettent en ligne paternelle, avec priorité aux trois clans les plus anciens : Elmafu, Ebribu et Abasu. 

  • Fête du Low

Le peuple Adjoukrou se caractérise par des pratiques culturelles auxquelles il reste très attaché. Au nombre de ces traditions, figurent plusieurs fêtes. Celles-ci sont l’occasion de réjouissances fraternelles, qui rassemblent l’ensemble des composantes de la population et promeuvent les valeurs de fraternité, de solidarité, de paix et de cohésion sociale. Tous, jeunes et vieux, hommes et femmes, renouvellent chaque année ces instants de partage culturel. Les fêtes en pays Adjoukrou n’ont pas seulement un caractère esthétique, mais au-delà, revêtent un caractère culturel, coutumier et initiatique. La fête la plus importante est sans conteste la fête du Low. Célébrée sur une durée de 3 à 5 semaines selon les villages, elle concerne les jeunes hommes âgés de 18 à 25 ans. Le Low est obligatoire pour tout jeune Adjoukrou, car il permet d’accéder aux différentes classes d’âge et, dans la classe, à une catégorie. Le Low confère une identité sociale à l’individu et atteste de la maturité du jeune homme qui passe de l’enfance à l’âge adulte où il devient un homme. La cérémonie se déroule tous les 2 ans, par catégorie, dans la période d’août à septembre. Chaque naissance est scrupuleusement consignée dans un registre tenu par un notable. Chaque citoyen Adjoukrou appartient pendant toute la durée de sa vie à une classe d’âge bien déterminée. Le système des classes d’âge constitue le fondement de la vie sociale, politique, économique et guerrière dans le respect des normes et des valeurs. Les étapes de la cérémonie du Low sont composées de processions, rites initiatiques, leçons sur les fondements de la vie et épreuves mystiques et guerrières. La quatrième semaine du Low est la plus dure. Les initiés doivent démontrer leur courage de guerrier en subissant de pénibles épreuves, comme celle où ils sont roués de coups par les villageois qui veulent ainsi leur faire connaître les souffrances d’un combattant au cours d’une guerre. Les plus courageux sont ensuite coiffés et lavés. Ils sont à présent devenus des hommes, dignes défenseurs de leur peuple.

  • Autres fêtes

La fête de puberté ou Dédiapké est une fête réservée aux filles lorsqu’elles atteignent l’âge de la puberté. Elles sont vêtues de beaux vêtements et parées de bijoux. Des festivités sont organisées en leur honneur dans leurs familles.

La fête de richesse ou Aghandji est célébrée par des personnes qui ont atteint un bon niveau social et veulent célébrer leur réussite sur le plan financier. Ils sortent leurs plus beaux bijoux et vêtements lors des festivités auxquelles tous sont invités.

La fête de vieillesse ou Ebeb est la fête des patriarches. C’est une célébration organisée en l’honneur des vieilles personnes. L’Ebeb consacre le pouvoir social, sécuritaire, sanitaire et environnemental désormais aux mains d’une génération pour huit ans. Pour la passation de pouvoir, rien ne se fait au hasard. Notamment lorsque l’ancienne génération habille la nouvelle. Le pagne Kita arboré par les gardiens de la tradition Adjoukrou symbolise la richesse. La canne traduit la sagesse pour la résolution des conflits. Et les couleurs jaune et blanc incarnent la bénédiction de l’esprit saint. Depuis la fête de décembre 2011, le pouvoir est détenu en pays Adjoukrou par la génération « Nigbessi » jusqu’en 2019.

Enfin, la fête des ignames ou Kpôl est une fête au cours de laquelle les puissances mystiques se révèlent aux hommes et les revêtent de puissance. Certains villageois même font couler leur sang. Ils témoignent ainsi leur reconnaissance envers les génies qui ont exaucé leurs prières. La fête des ignames marque le début d’une nouvelle année que l’Adjoukrou doit fêter avant de faire sa récolte. Avec l’huile de palme, considérée comme un anti-poison, l’igname figure parmi les mets principaux des Adjoukrou. Elle symbolise le lien avec la terre et les ancêtres.

Au cours de toutes ces fêtes, bals populaires, danses traditionnelles, gastronomie, … permettent aux populations Adjoukrous de rester en phase avec leurs us et coutumes.

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