Haïti 1/5 : Généralités

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L’île qui rassemble aujourd’hui Haïti (27 500 km2 avec le Pic La Selie culminant à 2 680 m) et la République Dominicaine 48 750 km2 et le Pic Duarte culminant à 3 098 m) fut découverte le 6 décembre 1492 par Christophe Colomb qui la baptisa Isla Espanola, qui évoluera en Hispaniola. La première implantation permanente à Hispaniola, baptisée Nueva Isabela en hommage à la reine Isabelle de Castille, se fait à l’est de l’île et est détruite en 1502 par un cyclone. Elle sera reconstruite sous le nom de Santo Domingo de Guzman, en hommage cette fois à Saint Dominique. En 1508, Santo Domingo devient le siège de la vice-royauté des Amériques et le centre de la colonisation espagnole.

1. Colonisation
Au 17e siècle, des boucaniers français commencent à s’installer sur l’île de la Tortue, située au nord-ouest d’Hispaniola. Ce sont des chasseurs mais aussi des pirates et des corsaires qui s’en prennent aux galions espagnols convoyant vers l’Espagne les richesses extraites de l’Amérique du Sud. Le 31 août 1640, les flibustiers français expulsent leurs rivaux anglais de la Tortue et débarquent sur le nord de l’île d’Hispaniola.
Sous l’autorité française, les plantations prospèrent sous le climat tropical de l’île : café, tabac, cacao, indigo… Mais la canne à sucre tend à l’emporter sur les autres cultures.
En 1697, le roi Louis XIV se fait céder légalement la partie occidentale d’Hispaniola par le traité de Ryswick qui met fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg.
Saint Domingue devient très vite la plus prospère des possessions françaises d’outre-mer grâce à ses plantations de café et de canne à sucre. À la veille de la Révolution française, Saint-Domingue assure près des 3/4 du commerce mondial de sucre. En 1788, son commerce extérieur, évalué à 214 millions de francs, représente plus du tiers de celui de la France métropolitain et est supérieur à celui des États-Unis. Reposant sur le travail de près d’un demi-million d’esclaves africains, ses 792 sucreries, 2 810 caféteries, 3 097 indigoteries et 705 cotonneries produisent, en 1788, des marchandises coloniales d’une valeur de 239 millions de livres destinées aux marchés européens et nord-américains. Saint-Domingue est le premier producteur mondial de sucre (80 000 tonnes/an), comme de café (40 000 t/an). Les exportations de Saint Domingue sont le moteur de la révolution commerciale et industrielle française du 18e siècle et la source principale de la richesse de villes comme Nantes, Bordeaux, Paris, La Rochelle, Bayonne et la vallée de la Loire. Un Français sur huit vit directement ou indirectement de Saint-Domingue. De plus, les colons s’enrichissent avec le commerce interlope avec les Etats-Unis. La colonie compte près de 600.000 habitants, dont 50 000 blancs, 50 000 mulâtres et 500 000 esclaves noirs. Les mulâtres n’ont pas les mêmes droits que les colons mais bénéficient d’une certaine aisance et sont parfois même propriétaires d’esclaves. La majorité des esclaves sont nés en Afrique. Ils ont été introduits dans l’île dans le cadre de la traite, au rythme effarant de 30.000 par an dans les années précédant la Révolution. Dans le même temps, la partie espagnole de l’île, Santo Domingo, dépérit et compte à peine 30 000 esclaves.

2. De l’insurrection à l’indépendance
Le sort de l’île est bouleversé par la Révolution française. Le 15 mai 1791, à Paris, l’Assemblée nationale accorde le droit de vote aux hommes de couleur libres. Cette mesure inquiète les colons blancs de Saint-Domingue qui commettent de plus en plus de violences contre les mulâtres et les noirs. Le 14 août 1791, à Bois-Caïman, dans la plaine du Nord, de nombreux esclaves décident la révolte, sous l’autorité de Boukman, assisté de Jean-François et Biassou. En quelques jours, toutes les plantations du Nord sont en flammes et un millier de blancs massacrés.
Dans le but de gagner les esclaves à la Révolution et d’affirmer son pouvoir, le commissaire Sonthonax proclame le 29 août 1793 l’affranchissement général des esclaves de St-Domingue. La Convention avalise cette mesure en abolissant officiellement l’esclavage le 4 février 1704, ce qui conduit Toussaint Louverture, combattant jusque là dans les rangs espagnols, à se rallier à la République. Voyant cela, certains planteurs appellent les Anglais à leur secours mais Toussaint Louverture vainc les colons et chasse les Anglais. Par le traité de Bâle de 1795, l’Espagne cède à la France la partie orientale de l’île, la France lui restituant les territoires espagnols conquis au-delà des Pyrénées. Toussaint Louverture réunifie l’île d’Hispaniola et rétablit la prospérité, étant parvenu à remettre ses frères de couleur au travail comme salariés dans les plantations. Le 8 juillet 1801, Toussaint Louverture proclame l’autonomie de l’île et se nomme Gouverneur général à vie de la nouvelle République. Ceci provoque l’ire du Premier Consul qui est sous influence du lobby colonialiste parisien, lequel réclame le rétablissement de l’esclavage dans les colonies. Profitant du traité d’Amiens d’octobre 1801 qui marque la fin du blocus de la Grande Bretagne contre la France, Napoléon envoie deux expéditions pour rétablir l’esclavage : la première part en novembre 1801 pour Saint-Domingue avec 53 navires et 25 000 hommes sous les ordres du Général Leclerc, la seconde en mai 1802 pour la Guadeloupe avec 14 navires et 3 500 hommes sous les ordres du Général Richepance. Après plusieurs mois de guerre, 5 000 morts et 5 000 blessés, Leclerc et Toussaint Louverture signent le 2 mai 1802 un arrêt des hostilités. Toussaint Louverture est autorisé à se retirer dans une de ses propriétés, près d’Ennery, dans l’ouest de l’île. Le 7 juin 1802, il est arrêté, déporté en France, et interné au fort de Joux, dans le Jura, où il mourra de faim et de froid le 7 avril 1803. Toussaint Louverture écarté, Leclerc met en place une terrible répression de la population, ce qui décide les chefs de couleur à rejoindre la rébellion contre l’expédition française. Lorsque la population apprend le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe décrété par Richepance le 18 juillet 1802, Alexandre Pétion donne le signal de la révolte, le 13 octobre 1802. Rejoint par les généraux Geffrard, Clervaux, Christophe et Dessalines, ils acculent Rochambeau (le successeur de Leclerc mort de fièvre jaune le 2 novembre 1802) à la reddition le 19 novembre 1803 et à l’évacuation de l’île. Dessalines déclare l’indépendance du pays le 1er janvier 1804 après lui avoir redonné son nom d’Haïti.
A Sainte-Hélène, Napoléon reconnaîtra son erreur : « J’ai à me reprocher une tentative sur la colonie de Saint-Domingue pendant le Consulat. C’était une grande faute que d’avoir voulu la soumettre par la force. Je devais me contenter de la gouverner par l’intermédiaire de Toussaint […]. Je n’avais fait que céder à l’opinion du Conseil d’État et à celle de ses ministres, entraînés par les criailleries des colons, qui formaient à Paris un gros parti et qui, de plus, étaient presque tous royalistes et vendus à la cause anglaise ». Cette guerre futile et inutile, où 55 000 soldats de Bonaparte ont péri, a anéanti son armée de Bonaparte et ne lui permet pas de défendre la Grande Louisiane qu’il devra vendre aux Etats-Unis le 30 avril 1803.

3. Haïti indépendante
L’histoire d’Haïti ne sera alors qu’une période sans fin d’instabilité durant laquelle, entre 1804 et 1957, 24 chefs d’État sur 36 seront renversés ou assassinés. Les mulâtres et les généraux noirs s’approprient les terres des colons français, ne cherchant qu’à reproduire à leur profit l’ordre colonial qu’ils ont pourtant été les premiers combattre.
Dessalines est assassiné en 1806 par Christophe et Pétion. En 1810, Rigaud débarque aux Cayes et proclame une nouvelle république au Sud. On a alors deux Etats : celui du Nord, avec pour capitale Cap Haïtien, peuplé en majorité de Noirs, et dirigé par le Général Christophe qui se proclamera roi, sous le nom de Henri Ier ; celui du Sud, avec pour capitale Port-au-Prince, peuplé en majorité de mulâtres, et dirigé par Pétion. En 1818, Boyer succède à Pétion, réunit le Nord et le Sud, puis envahit la partie orientale, unifiant ainsi toute l’île d’Hispaniola. En 1844, l’île sera définitivement séparée en 2 Etats: Haiti et la République Dominicaine. En 1825,
menacé par les navires de guerre de Charles X, Haïti accepte de payer à la France, une indemnité de 150 millions de francs-or, pour que celle-ci reconnaisse la souveraineté de l’île. Haïti traînera cette dette jusqu’au milieu du 20èe siècle. L’histoire d’Haiti connaît une grande instabilité, faite de renversements fréquents des présidents en place, souvent téléguidés par le grand voisin américain. En 1915, les Américains débarquent pour occuper le pays jusqu’en 1934. L’ère Duvalier, père et fils, dure de 1957 à 2007. Jean-Bertrand Aristide est élu en décembre 1990, renversé en septembre 1991 et rétabli dans ses fonctions le 15 octobre 1994. Réélu en mai 2000, il fut contraint de démissionner le 29 avril 2004 et de partir en exil.
Le 12 janvier 2010, un séisme dans la région de Port-au-Prince fera plus de 250 000 morts, 300 000 blessés et au moins un million de déplacés. Des 9,5 milliards de dollars déboursés par la communauté internationale, seulement 579 millions ont passé par les mains du gouvernement haïtien et à peine 36 millions sont allés aux organisations non gouvernementales haïtiennes. Les 10 000 ONG présentes en Haïti gouvernent le pays, excluant les haïtiens de la gestion de leur pays.
En mai 2011, l’ex-chanteur Michel Martelly succède à René Préval, le 14 mai 2011, et devient le 56e président d’Haïti.

Source : http://www.herodote.net/1492_a_1804-synthese-174.php
http://www.delanglais.fr/Peltier/html/histoire.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_d%27Ha%C3%AFti
http://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/haiti.htm

 

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