La case des arts ou la celebration des cultures

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  1. Denise Kacou-Koné

Denise Kacou-Koné, enseignante de théâtre à l’Université d’Abidjan-Cocody et à l’Institut National Supérieur des Arts et de l’Action Culturelle (Insaac) d’Abidjan, est la fondatrice de l’espace culturel « La Case des Arts » à Cocody-Danga. Angliciste (elle est titulaire d’un doctorat en langue anglaise) et spécialiste du théâtre de Shakespeare, Dr Kacou-Koné a publié « Shakespeare et Soyinka, le théâtre du monde », un ouvrage de 207 pages publié en 1989 à Abidjan par « Les Nouvelles Editions Africaines », 1989. Elle a également été chef de cabinet du Ministre de la Culture et de la Francophonie.

  1. Carthage

Denise Kacou-Koné, passionnée de littérature et de théâtres, s’inspirent surtout de deux grands dramaturges : l’anglais William Shakespeare et le Nigérian Wolé Soyinka. C’est ce qui lui a valu d’être invitée à la 18e session des « Journées théâtrales de Carthage» qui s’est déroulée en novembre 2016 et a rendu hommage à William Shakespeare. Le festival de Carthage a pour ambition d’oeuvrer en faveur de la diversité culturelle et de donner une plus grande visibilité à la création théâtrale contemporaine du monde arabe et africain. Le Dr. Lassaad Jamoussi, directeur du festival, précisait bien le thème de l’édition 2016 : « Sur le plan de la programmation, l’accent a été mis sur le théâtre shakespearien et son influence sur les théâtres arabe et africain ; l’année 2016 étant l’année de célébration du 400e anniversaire de la disparition de W. Shakespeare. Un colloque international autour du thème ‘Shakespeare sans frontières’ se devait d’être organisé, avec la participation de grands spécialistes du théâtre de Shakespeare». Avec la participation d’un grand nombre de compagnies théâtrales venues d’Afrique Subsaharienne et du Nord, les JTC 2016 ont mis à l’honneur des femmes et des hommes de théâtre qui ont marqué les scènes arabes et africaines à l’instar de l’Ivoirienne Wèrè Wèrè Liking, du Togolais Béno Sanvé, de l’Algérien Mohammed Adar, du Marocain Taieb Seddik et des Tunisien Jalila Bakar et Taoufik Jebali, chacun d’eux ayant contribué à l’édification des consciences par l’appropriation des vertus des textes shakespeariens.

3. Dadié, Césaire et Shakespeare

A Tunis, Denise Koné a donné une conférence intitulée « Shakespeare parle aux Africains», où elle a mis en lumière l’apport de la pensée et de la trame shakespearienne à l’Afrique sous le prisme de son universalité. Relisant un Césaire ou un Dadié qui s’en sont inspirés, Denise Koné ouvre un champ thématique dans lequel « L’île de tempête » ou « Monsieur Tôgô Gnini », épouse « La tempête » ou encore « Le Roi Lear » de Shakespeare. C’est en 1972 que Dadié crée « Îles de tempête » où il met en scène l’opposition entre les deux grandes figures de la révolution haïtienne, Jean-Jacques Dessalines et Toussaint Louverture, qui s’affrontent sur le destin futur de leur pays et sur l’attitude à adopter face à l’ancien colonisateur après la proclamation de l’indépendance. Alors que Dessalines choisit l’opposition frontale à la France, Toussaint Louverture ne cesse de proclamer son allégeance à Bonaparte. Quant à Césaire, dans « Caliban, une tempête », il se sert de « La Tempête » de Shakespeare comme point de départ et dramatise le conflit culturel du colonisé. Caliban, c’est la victime colonisée du Tiers-Monde, c’est le Nègre à la recherche de la dignité humaine. Caliban est devenu noble au théâtre car Caliban l’est dans la vie réelle.

  1. La Case des Arts

Denise Kacou-Koné a créé en 2008, la Case des Arts, espace d’échanges culturels destiné aux jeunes, aux adolescents et aux adultes. Cet espace dispense des cours de danse, gymnastique rythmés, musique, langues nationales ivoiriennes, contes, légendes, théâtre, poterie, peinture et art visuel. « La Case des Arts » veut être un lieu où les différentes cultures s’interconnectent pour offrir à tous un exemple de cohabition culturelle, un lieu où l’art en général est célébré. La Case des Arts qui s’érige comme un centre de formation aux arts traditionnels et modernes, de la scène et visuels, se veut être un incubateur du dialogue des cultures et une ouverture à la culture universelle. Dans cet espace de valorisation du patrimoine national et mondial, sont également dispensés des enseignements sur l’histoire des diasporas noires de par le monde. Alors que le modernisme étouffe de plus en plus la tradition, Denise Kacou-Koné a choisi de s’enraciner dans les valeurs traditionnelles africaines et d’inculquer ce patrimoine culturel aux jeunes. Les arts traditionnels, notamment la musique et la danse, sont parfois, surtout en ville enfermés dans le genre folklore. Certains instruments de musique sont méconnus des jeunes générations et, de nombreuses danses qui ont rythmé la vie des anciennes générations ne se dansent plus qu’au village, ou dans un milieu de personnes d’un certain âge. Il faut donc remettre ces instruments et ces danses au goût du jour, à la portée de certains jeunes, aujourd’hui happés par l’univers des nouvelles technologies. C’est dans ce cadre que la Case de Arts propose aux enfants, aux adolescents et aux adultes de s’initier, de se former, de s’améliorer ou simplement d’apprendre . Quatre types d’enseignements y sont dispensés : les danses, essentiellement celles du terroir ivoirien (Abôdan, Ndolê, Goumbè, Madjani), la musique singulièrement le maniement d’instruments traditionnels (Djomolo, balafon, cora, tam-tam, Ahoko, Djembé, Ngoni), les langues ivoiriennes (Baoulé et Dioula) et enfin le théâtre (classique et africain). La Case des Arts offre également l’opportunité d’apprécier le talent pictural de plasticiens créateurs. Depuis 2015, cette « Case au cœur de la ville » propose également des initiations aux instruments et danses classiques, aux rythmes afro-cubains en mettant toujours l’accent sur la recherche de tout ce qui peut contribuer à la redécouverte du Patrimoine. « Les sons et les rythmes se répondent… comme de longs échos qui de loin se confondent » comme dirait le poète. En matière d’art, la juxtaposition des cultures débouche certainement sur des correspondances et un enrichissement mutuel.

  1. Georges Monboye

La Case des Arts a reçu des visiteurs prestigieux, comme le chorégraphe-danseur interplanétaire Georges Momboye. Né en 1969 à Kouibly, une des plus belles régions forestières de la Côte d’Ivoire, Georges Momboye a, dès son enfance, été bercé par les rythmes et les chants de son pays. A peine âgé de 13 ans, il donne des cours de danse africaine et bénéficie d’une formation en danse classique, jazz et modern’jazz. Il fait partie de plusieurs compagnies de ballet en Côte d’Ivoire avec lesquelles il se produit à l’étranger. Parallèlement, sa curiosité et son souci de perfection le poussent à enrichir sa formation auprès de grands chorégraphes : Alvin Ailey, Brigitte Matenzi, Rick Odums et Gisèle Houri. En septembre 1992, Georges s’installe en France, décidé à défendre les couleurs de la créativité africaine. Il fonde la compagnie « Ballet Yankady » avec laquelle il crée sept spectacles dont « Le Zaouli » qui lui vaut de remporter le 1er prix du meilleur spectacle destiné au Jeune Public décerné par les Jeunesses Musicales de France et l’Association Tradition Afrique-Orient et « Kamanda… Qu’en penses-tu » qui sera ovationné lors de sa présentation lors de la Biennale de Lyon en septembre 1994. Parallèlement, Georges Momboye enseigne la danse africaine traditionnelle au studio Peter Goss et fonde en juin 1998, à Paris au coeur de Ménilmontant, le Centre de Danse Pluriafricaines, lieu d’enseignement de la danse africaine. Avec un répertoire de plus d’une dizaine de créations, et en moyenne 90 représentations par an qui laissent entrevoir toute la richesse de son univers, Georges Momboye est régulièrement convié à donner des stages en France et dans le monde.. En décembre 2005, il signe la chorégraphie du spectacle « AFRIKA, AFRIKA » qui, avec 120 artistes (musiciens, danseurs et circassiens) tourne dans les plus grandes villes d’Allemagne, d’Autriche, de Hollande, de Belgique et d’Angleterre. Un succès qui lui a valu le ticket d’or du meilleur spectacle avec un nombre d’entrée record. Georges Momboye s’illustre dans les évènements culturels et sportifs planétaires comme la Coupe du monde de football 2006 (Allemagne) et 2010 (Afrique du Sud), le Festival panafricain d’Alger (2009), le Cinquantenaire de l’indépendance de Côte d’Ivoire, le Festival Mondial des Arts Nègres (16-31 décembre 2010 à Dakar), … Entre tradition africaine et monde contemporain, Momboye a chorégraphié « L’Après-midi d’un faune » de Debussy et le « Sacre du printemps » de Stravinski, spectacles qu’il revisite en les situant en Afrique. Il a aussi chorégraphié « Adjaya » qui signifie « le rêve » en wobé, langue de l’ethnie Wé à laquelle il appartient. Formidable interprète et connaisseur des danses traditionnelles, il sait les citer et les porter vers des horizons plus contemporains.

  1. Issa Ouattara

Issa Ouattara est un autre artiste ivoirien, internationalement connu, vivant actuellement en Australie, et ayant exposé ses œuvres à la Case des Arts. Originaire de Tankessé (nord-est de la Côte d’Ivoire), Issa Ouattara a été initié à l’art par la regrettée Michèle Tadjo, illustre plasticienne de Côte d’Ivoire. D’Abidjan à Melbourne, en passant par Le Cap ou Kampala, Issa Ouattara ne cesse de témoigner de sa puissance créatrice dont les sculptures modernes donnent un air de jouvence aux parcs, jardins, cités et espaces publics à travers le monde. Son talent d’esthète et d’amoureux de l’art, le conduit à transformer avec dextérité le métal, le fer notamment, en œuvre d’art. A La Case des Arts, Issa Ouattara a présenté en décembre 2015 une trentaine de créations dans une exposition dénommée « Des sièges et des portes ». Au travers de divers objets (dont des sièges traditionnels), l’artiste plasticien fait une incursion dans le patrimoine akan, spécifiquement abron, koulango, lobi (dont il est originaire), mais aussi sénoufo, malinké et dogon. Il entend ainsi affirmer son attachement à ses racines et sa reconnaissance à sa patrie dont il a tant reçu. Ayant immigré en 2011 en Australie avec son épouse Monica et leurs deux filles, Angela et Sophie, il ne cesse depuis de voyager entre cette île-continent et l’Afrique (Côte d’Ivoire et Ouganda surtout). Issa a obtenu de nombreux prix, en Australie en particulier, et a fondé avec son épouse, l’association « Spa Country Sculptors Association » qui offre des occasions d’exposer aux jeunes sculpteurs australiens (SpaCountrySculptors@gmail.com). D’une générosité hors-pair, Issa Ouattara n’entend pas briller uniquement sur les grandes places du monde. Son projet est de revenir annuellement en Côte d’Ivoire pour partager son savoir-faire avec les jeunes artistes du pays. Il commencera par ouvrir un atelier à Yopougon-Kouté. Il se propose également d’offrir gracieusement au District d’Abidjan une sculpture monumentale pour embellir la capitale en pleine mutation.

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