RECONCILIER LE CACAO ET LA FORÊT

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RECONCILIER LE CACAO ET LA FORÊT

L’enjeu écologique du cacao de la Côte d’Ivoire devient central et l’objectif de tous les acteurs de la filière cacao est que son développement se fasse dans le respect de la forêt naturelle ivoirienne, joyau de la biodiversité, important maillon d’une planète vivante. La Côte d’Ivoire veut réinventer le chocolat en lui insufflant un nouvel esprit, celui de l’écoresponsabilité, c’est-à-dire produire durablement davantage de cacao en minimisant les impacts sur l’environnement.

  • Un enjeu national et mondial

Poumon de l’économie ivoirienne et produit en demande croissante dans le monde, le cacao de la Côte d’Ivoire représente un enjeu de taille, pour le pays et pour le monde. La Côte d’Ivoire est en effet le premier producteur mondial de cacao et les presque 2 millions de tonnes qu’elle produit chaque année représentent 40 % de la production mondiale. Avec le Ghana, la Côte d’Ivoire assure 70 % de la production mondiale. En Côte d’Ivoire même, le cacao est stratégique : il représente 15 % du PIB ivoirien, plus de 40 % des recettes d’exportation et occupe près d’un million de petits agriculteurs.

  • Offre et demande

Alors que du fait de l’accroissement du niveau de vie des pays émergents (Inde, Chine, Brésil, Russie, …), la demande mondiale de caco croit d’environ 3 % par an, dans le même temps la production mondiale baisse d’environ 2 % chaque année, créant un risque de pénurie des approvisionnements. Pour y faire face, il est urgent que la Côte d’Ivoire maintienne voire augmente sa production sur le long terme.

  • D’un modèle à un autre

Le modèle actuel de production cacaoyère en Côte d’Ivoire est de type extensif. Le paysan installe son champ de cacao sur une portion de forêt qu’il a défrichée. Pendant une vingtaine d’années, les rendements restent élevés, souvent supérieurs à une tonne de cacao par hectare, grâce à une bonne fertilité du sol, consécutive au déboisement. Puis les sols s’épuisent et la pression parasitaire augmente, entraînant une chute des rendements, qui ne dépassent plus guère les 300 kg/ha. N’ayant pas les moyens financiers qui leur permettraient de maintenir les rendements par une fertilisation chimique et des traitements phytosanitaires, les paysans abandonnent leurs cacaoyères et déboisent de nouvelles terres pour y installer de nouveaux pieds de cacaoyers. Cette extension constante des surfaces en cacao entraîne la disparition progressive de la forêt ivoirienne, passée de 16 millions d’hectares en 1960 à 3 millions d’hectares aujourd’hui.

  • Agro-foresterie

Il existe pourtant un modèle qui permettrait de sécuriser durablement à la fois la production cacaoyère et la forêt : c’est l’agro-foresterie. Ce système d’intensification écologique peut fournir des rendements satisfaisants (au moins 1 000 kg/ha) tout en diminuant voire supprimant la consommation d’intrants chimiques, le taux de matière organique augmentant dans les cacaoyères installées en forêt. De plus, la durée de vie des cacaoyères agroforestières dépasse souvent cinquante ans, une durée bien supérieure aux vingt à trente ans des cacaoyères conduites sur des parcelles déforestées. Par ailleurs, la pression parasitaire diminue, l’ombrage lié à la présence d’arbres permettant de limiter les infestations de mirides, insectes piqueurs suceurs qui sont les principaux ravageurs du cacaoyer en Afrique. Enfin, dans les zones les moins arrosées, l’agroforesterie permet de maintenir l’humidité du sol et de limiter l’évapotranspiration des cacaoyers.

  • Bois

Les systèmes agroforestiers, outre la production de cacao, fournissent une diversité de produits qui peuvent être autoconsommés ou vendus (fruits, produits médicinaux, bois d’oeuvre, etc.), certains constituant des productions relais en période de chute des cours du cacao. Enfin, la forêt, protégée et mise en valeur dans le cadre d’une gestion durable, alimente les industriels du bois et développer les synergies entre forêt et industrie.

 Ecosystèmes

En permettant la circulation de nombreuses espèces sauvages vivant dans les reliques forestières, et en fournissant des habitats pour la faune, la conservation de la biodiversité animale et végétale ou le stockage du carbone, la forêt ivoirienne, protégée par l’agro-foresterie participe aux grands enjeux contemporains portés au niveau mondial, à savoir la lutte contre le changement climatique et la désertification et pour la biodiversité.

  • Durabilité

L’agroforesterie permet donc de faire en sorte que la production cacaoyère se fasse non seulement sans nouvelle déforestation mais aussi avec des méthodes qui permettent à la forêt de se reconstituer et de grandir. L’agroforesterie est aussi l’occasion d’aider les producteurs à améliorer leurs pratiques agricoles et de les former aux techniques de production moderne et durable (utilisation des engrais biologiques, développement de l’irrigation, adoption de variétés résistante aux maladies, maîtrise des process post-récolte que sont la fermentation et le séchage). De leurs côtés, chocolatiers et centres de recherche agronomique doivent travailler sur les améliorations génétiques des plants de cacao et évaluer les variétés pour voir leur adaptabilité. La mise en place de ces modèles d’agriculture innovants permettra ainsi de conserver la diversité et la qualité de la production d’un cacao responsable car protégeant l’environnement.

  • Bénéfices pour l’environnement

En protégeant les arbres, l’agro-foresterie préserve les bénéfices qu’ils apportent à l’environnement : les racines des arbres filtrent l’eau dans les profondeurs du sol, limitant les pollutions dans les nappes ; la biomasse des arbres, riche en lignine, contribue à former un humus stable et fertile ; les arbres créent un micro-climat à l’échelle de la parcelle (ombre, actions brise-vent) et protègent cultures et animaux des excès climatiques (chaud, froid, tempête, inondation, sécheresse) ; la masse verte des arbres stocke du carbone et réduit les émissions de gaz à effet de serre ; les arbres maintiennent une trame écologique qui abrite une faune et une flore diversifiées indispensables à l’agriculture (pollinisation, lutte contre les ravageurs).

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