Kwanza, fête de l’ethnocentricité

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KWANZA 2014

Vendredi 26 décembre 2014, l’association Afrocentricity International a animé la journée Kwanza 2014.

1. Afrocentricité

Afrocentricity International est aussi une organisation dont le siège est à Philadelphie et qui a été créée par le Pr. Molefi Kete Asante, directeur du département d’Etudes Africaines de l’Université d’Etat de Temple (Philadelphie), initiateur des départements d’Etudes Africaines de nombreuses universités américaines, et le Dr. Ama Mazama, spécialiste en langues, spiritualités et histoire africaines, successivement formée à l’Université Antilles-Guyane Antilles, à l’Université de Bordeaux, puis à la Sorbonne, et aujourd’hui enseignante à l’université de Temple (Philadelphie). Elle a publié en 1991 « Une introduction au Créole Guadeloupéen » puis en 1997 « Langue et identité en Guadeloupe : Une perspective afrocentrique » soulignant, à l’encontre des partisans de la créolité, les racines africaines de la culture guadeloupéenne.

Le Pr Asante et le Dr. Mazama sont à l’origine de la philosophie de l’Afrocentricité visant à replacer l’intérêt de l’Afrique au cœur des préoccupations des afro-descendants.

2. Kwanza

Kwanzaa, qui se tient pendant la semaine du 26 décembre au 1er janvier, a été créée en 1966 par le professeur afro-américain Maulana Karenga, dans le but de promouvoir les liens entre les Noirs d’Amérique et l’Afrique et de réaffirmer les racines africaines de toutes les communautés noires dans le monde.

Le mot « Kwanzaa » est dérivé de l’expression « matunda ya kwanza » qui signifie, en swahili, « premiers fruits ». Les préconisateurs de Kwanza s’inspirent des fêtes agricoles africaines célébrées à l’occasion des récoltes et à la source des liens sociaux traditionnels africains. La fête des prémices ou des premières récoltes est répandue partout dans la zone dite Bantu, les noms changeant, mais l’événement étant célébré partout.

Kwanzaa se base sur sept principes fondamentaux (Nguzo Saba en swahili) :

  • Umoja (Unité) : ce principe nous invite à créer et maintenir l’unité au sein de la famille, de la communauté, de la nation ;

  • Kujichagulia (Auto-détermination) : avoir la volonté et le courage de se définir par nous-mêmes, créer et parler par nous-mêmes, décider de ce qui est bon ou mauvais pour nous-mêmes, par nous-mêmes et ne pas laisser aux autres l’opportunité, même la plus désintéressée, de le faire à notre place ;

  • Ujima (Travail collectif et Responsabilité) : construire et maintenir notre communauté soudée ; se soucier des problèmes de nos frères et de nos sœurs pour les aider à les résoudre ;

  • Ujamaa (Coopération économique) : construire et faire fructifier nos entreprises, nos commerces et nos affaires ensembles ; utiliser notre force économique collective pour le bénéfice de la communauté toute entière ;

  • Nia (But) : préserver l’héritage de nos ancêtres de façon à découvrir notre mission dans la vie et comment cette mission sera profitable à toute la communauté ;

  • Kuumba (Créativité) : utiliser nos talents individuels, notre génie, notre imagination et notre créativité pour construire l’harmonie, la beauté et des richesses dans nos communautés.

  • Imani (Foi) : avoir confiance en nous-mêmes, en nos familles, en nos ancêtres et en nos communautés en dépit de toutes les adversités, en dépit de tous les obstacles et croire en notre réussite, notre prospérité et la justesse de notre lutte.

Les principaux objets associés à la fête de Kwanza sont :

– la coupe de l’Unité (Kikombe cha Umoja) ;

– le bougeoir à sept branches (Kinara) dont chaque branche représente un des sept principes fondamentaux ;

– l’épi de maïs (Muhindi) qui symbolise le nombre d’enfants de votre foyer destinés à perpétuer la tradition et représentant notre avenir ;

– les présents (Zawadi) ;

– le drapeau (Bendera)

3. Marcus Garvey

Avant la cérémonie de Kwanza, Dr Ama Mazama a fait une conférence intitulée « L’UNIA, 1914-2014 : contribution de Marcus Garvey à la renaissance africaine ».

Né en Jamaïque en 1887, Marcus Garvey émigra aux Etats-Unis en 1916 et, l’année suivante, il fonda l’Association universelle pour l’amélioration de la condition noire (Universal Negro Improvement Association, UNIA). Sous son impulsion, cette organisation devint le principal défenseur de « la rédemption par le rapatriement ». Marcus Garvey créa son propre journal, The Negro World, à New York. Le slogan nationaliste de Garvey  » One Aim, One God, One Destiny  » en devint la devise. En 1919, Marcus Garvey créé la Black Star Line, compagnie maritime censée servir le projet de rapatriement. Il fit la tournée du pays pour promouvoir son initiative et recueillir des investissements. A New York, il descend les rues de Manhattan à bord d’une Limousine, suivi par 250 000 adeptes. Les autorités fédérales commencent à s’intéresser à lui. En 1922, après la banqueroute de la Black Star Line, Garvey et trois de ses associés sont poursuivis par les tribunaux. Accusé de fraude postale, il reste en liberté surveillée jusqu’en 1925. Sa condamnation est alors confirmée. Il est emprisonné au pénitencier fédéral d’Atlanta. Le président Collidge commuta sa sentence en 1927 et Garvey fut envoyé en exil en Jamaïque.

L’UNIA, créée par Marcus Garvey, fut la plus grande organisation noire panafricaine créée, avec 8 millions de membres payants dans 42 pays différents et 800 divisions dans le monde. Toute l’oeuvre de Marcus Garvey voulait être une contribution à la renaissance africaine. C’est à Marcus Gravey que l’on doit le drapeau noir-rouge-vert où le noir représente la race noire, le rouge le sang versé pour toutes les aphres subies, et le Vert laterre d’Afrique. C’est lors de son séjour aux Etats-Unis que Marcus Garvey fonde l’UNIA, qui avait plusieurs sièges dans le monde, dont certains existent encore comme le Liberty Hall d’Harlem, de Limon (Costa Rica), …

4. Combattre la discrimination

Aujourd’hui, la communauté noire des USA continue d’être frappée par les inégalités sociales et économiques. En effet, le nombre de personnes incarcérées pour 100 000 personnes est de 380 pour les blancs, 966 pour les latinos, et 2 207 pour les noirs. Par ailleurs, tout est fait pour acculer les délinquants à retourner en prison : 2/3 des sortis de prison retournent en prison dans les 2 ans. Le casier judiciaire, l’interdiction d’avoir des aides, …diminuent considérablement leurs chances de réinsertion sociale. De 1980 à 2006, le nombre de personnes incarcérées a plus que quadruplé, passant de 500 000 à 2,3 million. Les afro-américains représentent près d’un million de la population carcérale et sont incarcérés à un rythme 6 fois supérieur à celui des blancs. Si les choses continuent ainsi, un homme noir sur trois sera incarcéré à un moment ou un autre de son existence.

L’environnement culturel (TV, journaux, …) inculquent aux afro-descendants (aux USA, au Brésil, …) un puissant complexe d’infériorité.

Face à cela, Marcus Garvey rappelle le principe de l’égalité des races : « Dieu a créé les hommes fondamentalement égaux. Aucun homme ne peut se prétendre supérieur aux autres. Quant à ceux qui ont un complexe d’infériorité, ils insultent Dieu ». « Aucune race, aucune nation, aucun homme n’a le droit divin d’exploiter les autres. Pourquoi donc permettriez-vous à d’autres hommes de vous bluffer ? »

L’histoire elle-même peut-elle être objective quand elle passe sous silence la nature africaine de la civilisation égyptienne.

Pour Garvey, le fait d’être noir est un don de Dieu et ce don doit être constamment et systématiquement cultivé, apprécié et protégé : « Quand à travers une lecture et une recherche, vous avez découvert un fait qui soit utile pour la dignité, le prestige, le caractère des noirs, faites beaucoup de bruit autour de ça. Dieu sait ce qu’il fait et c’est un blasphème de chercher à le changer ».

Marcus Garvey organisa les premiers concours de Miss Beauté Noire, pour renforcer l’appréciation que les noirs avaient d’eux-mêmes en tant qu’Africains.

Il recommandait d’avoir des photos de Noirs qui avaient accompli de grandes choses, de donner aux enfants des poupées noires, d’enseigner l’histoire des noirs et la fierté d’être noir. Il ajoutait que Dieu n’est ni blanc, noir mais un esprit qui est en chacun de nous.

Marcus Garvey ajoutait : « Pensez toujours à vous-même comme si vous étiez parfait. Glorifiez ce qui est bon en vous. Le Dieu que vous vénérez est un Dieu qui attend de vous que vous soyez l’égal d’autres hommes. Dieu vous a créés maîtres de votre destinée, maîtres de votre propre sort. Nous devons activer un principe fondamental de notre humanité et de notre divinité : notre capacité à agir ».

Dr Ama a terminé la conférence en lisant un extrait du texte sacré de Mwikadilo Muya (livre de chants en l’honneur des ancêtres)

Un concert de ka par le groupe Vokoum a clôturé la journée.

PG.

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