Visite en Guadeloupe de l’Ambassadeur de l’Inde à Paris

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Ambassadeur Mohan Kumar

Dans le cadre de sa visite de cinq jours en Guadeloupe, Mohan Kumar, ambassadeur de l’Inde à Paris, a animé le 24 février 2016, une conférence sur le rapprochement économique entre l’Inde et la Guadeloupe. La manifestation, qui se déroulait à la salle des fêtes de Wonche (Lamentin), était organisée par le GOPIO (Global Organization People of Indian Origin), organisation mondiale qui oeuvre dans le but de promouvoir les intérêts et les aspirations de la diaspora indienne dans le monde (près de 30 millions de personnes d’origine indienne vivent en dehors de l’Inde), en s’efforçant d’améliorer les échanges culturels et économiques entre l’Inde et les pays où réside sa diaspora.

La visite de Mohan Kumar faisait suite à celle que son prédécesseur, l’ambassadeur Singh avait effectuée en février 2013 pour honorer les 150 ans de la naissance d’Henry Sindabarom qui avait mené un long combat afin que la nationalité française soit, en avril 1923, octroyée définitivement aux ressortissants indiens de la Guadeloupe.

Relations France-Inde

L’Ambassadeur Mohan Kumar commence son exposé en rappelant que l’Inde, à travers des partenariats stratégiques et des réformes réussies, a su réformer et moderniser son économie. La visite d’État de trois jours en Inde (24-26 janvier 2016) de François Hollande a permis de conclure une quinzaine de contrats commerciaux et d’accords dans des secteurs aussi variés que la défense, l’énergie solaire, le nucléaire civil, l’eau, les transports… Les exportations françaises (navigation aérienne et spatiale, composants et matériels électroniques, machines et chaudières, matériels de mesure et d’optique, produits chimiques et organiques) en Inde sont passées de 3,2 milliards d’euros en 2012 à 2,7 milliards d’euros en 2013 et 3 milliards d’euros en 2014. La tendance est positive, portée par une croissance indienne dynamique, supérieure à 7 % par an. L’Inde vend à la France combustibles minéraux, huiles, matières bitumineuses, produits du textile-habillement…

Offshoring

Depuis le milieu des années 80, le secteur des services modernes de l’Inde s’est engagé dans la sous-traitance internationale (« offshoring outsourcing ») qui lui fournit encore aujourd’hui près de 90 % de son chiffre d’affaires. L’exemple phare est celui de Capgemini. Aujourd’hui, 47 % des 145 000 employés de Capgemini travaillent en Inde, soit près d’un salarié sur deux. La croissance du nombre de salariés indiens de Capgemini est de 20 % sur un an. En 15 ans, avec le développement de la sous-traitance, le centre de gravité de Capgemini s’est déplacé en Inde. Cette extraordinaire croissance est le résultat de la détermination de Capgemini à pousser le concept de sous-traitance en Inde à une époque où il n’allait pas encore de soi. Capgemini, comme ses concurrents IBM ou Accenture, tente tous les ans d’attirer les meilleurs profils pour renforcer ses équipes. Capgemini Inde recrute ainsi 20 000 personnes/an tirant profit des 500 000 nouveaux ingénieurs qui, chaque année, sont formés en Inde dans les nouvelles technologies, au sein de plusieurs établissements (India Institutes of Technology, National Institutes of Technology et Indian Institutes of Information Technology et les universités technologiques). Les banques françaises suivent l’exemple des sociétés d’ingénierie informatique comme Gemini et ont des programmes pour externaliser 20% supplémentaires de leurs activités informatiques.

Make in India

Le projet « Make in India » a été lancé par le Premier Ministre Modi en septembre 2014. Il s’agit d’un vaste plan d’industrialisation de l’Inde, qui intègre une vingtaine de secteurs et vise à convaincre les entreprises d’investir et de produire en Inde. L’objectif de Modi est de permettre à l’Inde, grâce à ces investissements, d’atteindre rapidement le statut de troisième puissance de la planète. Selon la Banque mondiale, « Make in India » permettrait à l’Inde de dépasser la Chine d’ici 2017. La croissance économique de l’Inde, qui est passée de 4,5 % en 2013 à 6 % en 2015, est un puissant facteur pour attirer les entrepreneurs. L’idée de « Make in India » est qu’au lieu de tout importer, il faut construire des usines en Inde pour vendre sur le marché indien. Chaque mois, l’Inde a un million de nouveaux demandeurs d’emplois et son secteur manufacturier (15 % du PIB) est le seul en mesure de fournir de l’emploi à ces nouveaux arrivants sur le marché du travail. Les efforts du Premier Ministre Modi pour attirer les investisseurs sont plutôt couronnés de succès puisque les sommes investies en provenance des pays qu’il a visités depuis mai 2014 ont augmenté de 47 %.

Inde numérique

Le premier ministre Modi a  lancé le 1er juillet 2015 le projet « Digital India », un programme cadre qui se donne pour objectif de transformer l’Inde en une économie du savoir et une société connectée. Les trois principaux axes du programme sont la création d’une infrastructure numérique utile à chaque citoyen, la mise en place de services numériques, et l’autonomisation numérique des citoyens. « Digital India » vise à fournir aux Indiens les services administratifs et gouvernementaux via Internet, à universaliser l’accès à la connectivité mobile, à étendre l’accès au web au plus grand nombre, à créer des zones Wi-Fi dans les universités, les écoles et les lieux publics. Ce programme devrait également créer de nombreux emplois dans le secteur des télécommunications, de l’informatique et de l’électronique.

Startup India

En janvier 2016, le Premier Ministre Modi a lancé le “Startup India”, un programme comprenant dix mesures en faveur de la création d’entreprises dont : exemption fiscale pendant trois ans, facilité d’enregistrement et suspension des contrôles durant trois années, accès au fonds de garantie, guichet unique pour les formalités de création d’entreprise, des actions d’appui à la recherche-développement, une réduction de 80 % des taxes d’agrément et des procédures accélérées de création d’entreprise, une durée de 90 jours maximum pour permettre à une startup de clore ses activités, … Ces mesures complètent la création du portail Government-to-Business – eBiz.

eBiz

Lancé début 2015 par le Ministère du commerce et de l’industrie indien, le portail Government-to-Business,eBiz, va faciliter les démarches pour la création des entreprises en Inde. En effet, ce portail réunit 11 services, permettant aux investisseurs de gagner du temps et de l’argent. Grâce aux réformes entreprises en Inde, on peut aujourd’hui obtenir une licence industrielle en ligne “24/7” (24 heures sur 24 et 7 jours sur 7). Le portail eBiz répond en 72 h et a permis de diminuer significativement les lenteurs bureaucratiques. Pour démarrer en Inde, il fallait 124 jours avant Modi, et à présent 20 jours (on est encore loin des 48 heures nécessaires à Singapour). L’octroi des visas par les mabassades indiennes dans le monde a également été assoupli. Ainsi, l’ambassade d’Inde à Paris octroie 550 visas/jour.

Invest India

L’agence Invest India (www.investindia.gov.in) aide les investisseurs étrangers à entre sur le marché indien.Elle les aide, étape par étape (handholding) à remplir toutes les formalités de création d’une entreprise. L’objectif est de changer d’optique et de passer de l’approche “Redtape” (obstacles bureaucratiques) à Redcarpet (tapis rouge). Il faut faire confiance aux investisseurs et mettre fin à la réputation de l’Inde d’être une grande bureaucratie qui empêche d’avancer au lieu d’aider.

Alliance Solaire Internationale

Le lancement par le Premier ministre indien Narendra Modi de son projet d’ « Alliance solaire internationale » a été l’un des événements majeurs du premier jour de la Conférence sur le climat (COP 21) tenue en novembre 2015 à Paris. Imaginée et conçue par les Indiens, cette alliance qui réunira 122 pays du Nord et du Sud, se veut une plateforme de coopération entre des pays développés disposant de technologies dans le solaire et des pays riches en énergie solaire et désireux d’investir dans cette énergie comme source de substitution pour la production de l’électricité. C’est le cas de l’Inde, mais aussi de nombreux pays africains et latino-américains qui soutiennent l’initiative de New Delhi. A Paris, Narendra Modi a expliqué que la centaine de pays situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne et dotés en moyenne de 300 jours d’ensoleillement, sont les membres potentiels de cette nouvelle organisation internationale en cours d’installation. L’ambition de l’Inde est de porter la part des énergies renouvelables dans l’électricité produite au niveau national à 40% d’ici à la fin 2030, contre moins de 12% actuellement.

Cuir et cinéma

Aujourd’hui, on ne peut plus ignorer un marché comme l’Inde qui par sa population (1,3 milliards d’habitants) est presque trois fois plus importante que l’Union Européenne (550 millions d’habitants). Singapour, les Pays Bas et l’Île Maurice sont les trois plus grands investisseurs en Inde. La Guadeloupe a donc elle aussi sa carte à jouer. Des entreprises guadeloupéennes du cuir peuvent et doivent s’intéresser à l’Inde. La technologie française dans le cuir est très avancée. Il faut la valoriser au travers de partenariats équitables où la France apporte sa technologie de pointe et l’Inde son marché. La Guadeloupe pourrait également tisser des liens avec le cinéma indien (Bollywood) en accueillant des tournages en Guadeloupe. Bollywood, contraction de Bombay et Hollywood, est le nom donné à l’industrie du cinéma indien. C’est l’industrie la plus importante dans le monde, en nombre de films réalisés. Les films indiens s’exportent dans le monde entier, notamment en Asie du Sud-Est, en Afrique et au Moyen-Orient. En Inde, le cinéma est bien plus qu’un art ou une industrie, c’est une culture, un art de vivre et il fait partie intégrante de la vie de nombreux indiens, qui s’identifient aux acteurs (« héros ») et aux valeurs qu’ils diffusent.

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