Yanick Lahens : En Haïti , «Vivre et souffrir sont une même chose»

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YANICK LAHENS : EN HAÏTI, « VIVRE ET SOUFFRIR SONT UNE MÊME CHOSE »

Ce mercredi 26 novembre 2014, l’écrivain haïtienne Yanick Lahens, était l’invitée d’une soirée littéraire organisée par la médiathèque Caraïbes, à Basse Terre, au cours de laquelle elle a répondu,devant un public nombreux, aux questions de Marie Abraham Despointes, co­fondatrice du Prix des Amériques Insulaires et de la Guyane. Yanick Lahens était de passage en Guadeloupe, en route pour Haïti où elle retournait après être allée en France recevoir le prix Fémina 2014 qui lui a été décerné pour son roman « Bain de lune ».

1. Yanick Lahens

Née en Haïti le 22 décembre 1953, Yanick Lahens est partie très jeune en France pour ses études  secondaires puis supérieures à la Sorbonne. De retour en Haïti, elle est professeur de littérature à l’École Normale Supérieure (l’Université d’État) jusqu’en 1995. Elle se consacre alors à l’écriture et au développement social et culturel de son pays. Yanick Lahens a écrit de nombreux articles, en particulier sur William Faulkner (romancier américain décédé en juillet 1962) et Marie Chauvet (femme de lettres haïtienne décédée à New York en juin 1973), ainsi que de nombreux livres et essais, dans lesquels elle dresse un tableau de la réalité haïtienne : « L’Exil : entre l’ancrage et la fuite, l’écrivain haïtien » (Deschamps, 1990), « Tante Résia et les Dieux » (1994), « Dans la maison du père » (2000), « La Petite Corruption » (2003), « La folie était venue avec la pluie »

(2006), « La Couleur de l’aube » (2008, prix du livre RFO 2009, prix littéraire Richelieu de la Francophonie 2009, prix Millepages 2008), « Failles » (sur le séisme de 2010), « Guillaume et  Nathalie » (2013, prix Carbet des lycéens 2014, prix Caraïbes de l’ADELF 2013), et enfin « Bain de lune » (prix Femina 2014).

Yanick Lahens anime une émission culturelle « Entre Nous » à Radio Haïti Inter avec Jan J. Dominique, est membre fondatrice de l’Association des écrivains haïtiens, et contribue aux revues culturelles haïtiennes et antillaises « Chemins critiques », « Cultura » et « Boutures ». En 1998, elle a dirigé le projet haïtien de la « Route de l’esclavage ». Elle a également créé, en 2008, « Action pour le changement » (APC), association destinée à former les jeunes aux stratégies de développement durable. Elle est également membre du Conseil international d’études francophones. En 2011, elle a reçu le prix d’Excellence de l’Association d’études haïtiennes pour l’ensemble de son œuvre, et en 2014, le titre d’officier des Arts et des Lettres, décerné par  l’ambassadeur de France en Haïti.

2. Bain de lune

Yanick Lahens a longtemps observé, écouté et étudié la terre haïtienne avant d’écrire »Bain de lune ». Dans ce roman, Yannick Lahens décrit un conflit violent opposant plusieurs générations d’une famille paysanne et d’une autre possédant des biens terriens abondants.

C’est donc à travers la description minutieuse du monde rural haïtien que Yannick Lahens présente les contradictions qui traversent Haïti où « vivre et souffrir sont une même chose ». Yanick Lahens nous décrit les colères de la nature qui s’expriment par des tremblements de terre, des ouragans ou des sécheresses (« Dans toute cette histoire, il faudra tenir compte du vent, du sel, de l’eau, et pas seulement des hommes et des femmes »), le poids de la généalogie (« Remonter toute la chaîne de mon existence pour comprendre une fois pour toutes… Remettre au monde un à un mes aïeuls et aïeules »), l’occupation des GI’s (« qui nous transformeraient enfin en paysans civilisés »), les mystères de la religion vaudou (« Bonal se rappela bien sûr l’offrande à faire à Legba, pour ouvrir le passage aux divinités de la famille , celle à Agwé pour que la mer les nourrisse encore longtemps, et celle à Zaka pour que les jardins soient plus généreux »), la science des paysans que seule l’humilité et l’écoute permettent d’approcher (« ces terres où l’homme n’a jamais pénétré qu’avec l’ignorance du vainqueur »), l’appel des ancêtres morts dans la tragédie de la traversée atlantique (« A tant examiner la mer, j’ai toujours su que je finirais un jour par faire surgir au- dessus de l’écume toute la cohorte de ceux et celles qui dorment au creux de son ventre sur des lits d’algues et de coraux »), la tragédie duvaliériste (« Mais une fois au Palais national, le prophète s’était transformé en quelque chose qui ressemblait étrangement à l’homme à chapeau noir et lunettes épaisses »).

« Bain de lune » est une formidable relecture de l’histoire de la société haïtienne et des forces, extérieures et intérieures, qui l’ont façonnée. Ce roman nous fait comprendre, mieux que les thèses et traités, le ressort infini du peuple haïtien face aux forces de la nature et à la folie des hommes. Avec « Bain de lune », Yanick Lahens s’inscrit dans la grande tradition du « roman rural » haïtien  initiée par Jacques Roumain, Jacques Stephane Alexis, Edwidge Danticat, Lyonel Trouillot, … et qui nous montre, à travers la perspicacité des paysans haïtiens, les fractures sociales et culturelles  qui traversent Haïti depuis plusieurs siècles. « Bain de lune » est finalement un hymne de confiance envers Haïti et ses hommes.

Pascal Gbikpi

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