“Gospel sur la colline” en guadeloupe

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Pour ce 27 mai 2016, journée de commémoration de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe, j’ai choisi, parmi les très nombreux événements se déroulant dans l’archipel, d’assister au spectacle « Gospel sur la colline » que 5 000 personnes étaient venues voir au Fort Delgrès, à Basse Terre.

● Un grand succès

Cette comédie musicale, créée par Benjamin Faleyras et mise en scène par Jean-Luc Moreau, a connu un grand succès dans l’hexagone. Elle a fait l’objet d’une adaptation originale pour la Guadeloupe, avec 12 chanteurs-danseurs qui ont été sélectionnés et recrutés sur place, pour rejoindre les 44 artistes (danseurs, chanteurs, musiciens, …) venus de métropole. C’est une chance exceptionnelle qui est ainsi offerte à cette douzaine d’artistes guadeloupéens de se produire aux côtés de professionnels internationaux et d’aller plus loin dans leur qualification. Parmi les artistes phares, il faut citer Firmine Richard, une comédienne appréciée aussi bien aux Antilles qu’en métropole, Jean-Luc Guizonne qui enchaîne les événements puisqu’ilprépare actuellement la comédie Madiba, Dominique Magloire et sa grande voix, Myra Maud, Manu Vince (Tale Of Voice et une vraie référence dans le milieu Gospel) et Rosa Lamour.

● L’histoire

En 1954 en Louisiane, la communauté noire tente de se libérer de la ségrégation raciale. Dans cette lutte, le Gospel est un formidable chant de ralliement. Le révérend Gedeon, fervent disciple de Martin Luther King, décide de bâtir une nouvelle église sur la colline de Saint-Jean, pour en faire un lieu d’éducation et de rassemblement pour les noirs et les blancs. La crainte de la réaction des blancs face à cette soif d’émancipation divise la population, distinguant ceux qui luttent de ceux qui ont peur de perdre le peu qu’ils ont… Ces divergences s’expriment au travers du blues, du jazz et du gospel dans une joute musicale jubilatoire. Tandis que souffle un vent de liberté, au coeur même de la tourmente, un amour impossible voit le jour entre Rosa Lamour “star du jazz” et John adepte de “rock n roll”. Et si l’amour contribuait à la victoire ? Quelle est la place de l’église dans une communauté noire-américaine dévastée par l’esclavage, la négrophobie, la ségrégation ? Comment cohabitent des personnalités différentes sur les bancs de la maison de Dieu ? Un spectacle pour la tolérance et l’unité, porté par une troupe formidable et des chants profonds.

● Benjamin Faleyras

C’est à Saint-Martin, où Benjamin Faleyras a grandi jusqu’à l’âge de 10 ans, qu’il s’est imprégné des chants évangéliques et du gospel. Les prêches du pasteur, la ferveur de l’assistance, les chants qui sortent des coeurs pour monter au ciel, les quartets avec une voix qui s’élève au-dessus de la mélodie, … le touchaient comme une bénédiction divine. La musique sacrée noire américaine lui fait profondément ressentir la souffrance des esclaves noirs déracinés et contraints d’abandonner leurs anciennes croyances et qui trouvent en la foi chrétienne un refuge et une source d’espérance. Tandis que les chants du negro-spiritual présentent une parenté mélodique et rythmique avec les chants d’Afrique occidentale, le gospel fait appel aux cantiques et chants religieux des églises protestantes. De même, alors que les negro spirituals évoquent plutôt les personnages de l’Ancien Testament, les esclaves noirs s’identifiant au hébreux captifs en Egypte, le gospel fait plus souvent référence à Jésus-Christ et aux apôtres. Arrivé en France, Benjamin Faleyras tente d’insuffler à l’Eglise ce trop plein de vie qu’il a eu la chance de vivre en Guadeloupe. A l’âge de 13 ans, à Paris, il prend des cours de guitare classique qu’il abandonne pour vite apprendre à jouer le blues à la guitare. Il ne se lasse pas d’écouter les grands interprètes de blues, rythm and blues et soul, musiques nées du négro-spirituel et du gospel : Otis Redding, Marvin Gaye, Diana Ross, Smokey Robinson, Stevie Wonder, James Brown, … A 17 ans, il se produit pour la première fois sur scène. Quelques années plus tard, il enregistre son premier album solo « Ben Faleyras et le Caribbean Gospel », écrit et composé en français et en créole, puis un autre album « Le pouvoir de l’amour ». Pour ces deux albums, il fait appel à des choristes et solistes comme Judith Flessel-Toto, Mireille Coco, Maud Rakotondravohitra, Fabienne Médina, Rycko, Wesley Semé, et Jessica Dorsey – prix de la Sacem 2010 en Guadeloupe.

● Gospel en France

A travers tous ces morceaux, son objectif est de toucher les français d’aujourd’hui avec la musique du Gospel, en offrant des compositions en langue française, tout en gardant intact le style des spirituals traditionnels. 15 ans après, Ben Faleyras offre 16 nouveaux titres, interprétés en français et en créole, dont « Chemin du retour » ou « Envoie ton esprit », morceaux aux textes profonds et empreints de foi, qui sont en passe de devenir des classiques du gospel francophone. En même temps qu’il monte ses troupes et groupes de chorale, son rêve est de mettre en scène un spectacle sur une église à l’américaine, comme Gospel Caravane aux Etats-Unis. Voulant faire un spectacle qui ne fait pas de prosélytisme pour une religion particulière, Benjamin Faleyras a recentré son histoire sur les droits des Noirs et sur Martin Luther King. C’est pour cela que le révérend de la scène est un adepte de Luther King et que lui aussi, dans sa petite église, dans sa petite bourgade, veut adhérer à ce courant de pensée en créant une église où on mélangerait Blancs et Noirs. Malgré les difficultés pour mettre en scène un tel spectacle, il a été joué pour la première fois il y a trois ans au Casino de Paris. Puis les financements ont été trouvés pour  monter le « Gospel sur la Colline » d’aujourd’hui.

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