L’ART DU BRONZE AFRICAIN

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L’exposition, durant ce mois d’octobre 2017, à la Rotonde des Arts d’Abidjan, des bronzes de l’artiste burkinabé Salfo Dermé, nous fait pénétrer au coeur d’une très ancienne tradition africaine, transmise fidèlement au fil des siècles.

  • Salfo Dermé

Originaire de Koudougou au Burkina Faso, Salfo Dermé Yabré, sculpteur bronzier né en 1974, est un issu d’une famille de cinq générations de fondeurs. Dès l’âge de 18 ans, il crée ses sculptures et les coule à la cire perdue dans son atelier de Koudougou où il travaille avec une équipe de 5 employés à qui il transmet son savoir-faire. Depuis 2002, il voyage en Europe (principalement en France et en Belgique) pour encadrer des stages d’initiation, où toutes les étapes, de la cire au bronze, en passant par le moulage et la fabrication du four, sont abordées. Il participe également à de nombreuses expositions où il fait découvrir cet art ancestral qu’il maîtrise à la perfection. « Ces échanges culturels me permettent de transmettre un savoir-faire réalisé avec des moyens et des gestes simples que j’ai appris de mon père » explique Salif. L’expérience de Salfo Dermé et le niveau de maîtrise qu’il a atteint lui permettent aujourd’hui de réaliser des sculptures monumentales dont les plus grandes peuvent atteindre 3,60 m et peser plus de 600 kg. Salfo Dermé a aussi créé une association, Nerketia, pour promouvoir l’émergence et les échanges artistiques au Burkina-Faso. Il reverse une partie des profits aux écoles et aux programmes de santé du Burkina.

  • Un savoir millénaire

En Afrique, où le sculpteur et le fondeur sont une seule et même personne, le bronze à la cire perdue est un savoir-faire millénaire qui se transmet de génération en génération. On désigne sous le terme de bronze, divers alliages à base de cuivre, de zinc, de plomb et d’étain dont les proportions sont variables. L’artiste crée une sculpture en cire qu’il recouvre de sable mélangé à de terre et de la bouse de vache que l’on fait sécher. Le moule est ensuite cuit, la cire fond et s’échappe par les trous pratiqués. L’alliage en fusion est versé et vient prendre la place occupée par la cire. Après refroidissement, le moule est cassé pour en extraire la sculpture, avant d’ébarber les coulures et de travailler le fini de la sculpture.

  • L’art du bronze au Burkina Faso

C’est à la suite de leur départ de la région du Lac Tchad, au 11ème siècle, que les Mossis s’installent dans l’actuel Burkina Faso où ils fondent les royaumes de Tenkodogo, Obritenga et Ouagadougou. Dans l’organisation Mossi, dominée par la figure du Moro Naba (l’Empereur), se trouve la famille Dermé, caste de forgerons maliens venus s’installer au Burkina Faso. Une de leurs tâches est de forger le visage de chaque Moro Naba, dans le but de préserver et transmettre l’histoire des ancêtres. Aujourd’hui, les descendants de la famille Dermé perpétuent ces techniques traditionnelles héritées de génération en génération et continuent de confectionner des pièces selon la méthode de fonte à la cire.

  • Ile Ifé

Une autre région africaine réputée pour son art du bronze est l’ancienne cité-Etat d’Ifé, située dans le sud-est de l’actuel Nigéria. Les magnifiques bronzes produits par ses artistes constituent l’un des plus grands trésors de l’humanité et figurent parmi les pièces maîtresses des musées du monde entier. Les têtes en bronze, alliant perfection classique et réalisme, sont le reflet d’une grande civilisation disparue. A partir du VIIIe siècle, Ife fut un centre artistique majeur et, entre le XIIe et XIVe siècle, l’expression artistique de ses sculptures en bronze, pierre ou terre cuite atteint son apogée. La puissance politique d’Ifé commença à décliner au XVIème siècle au profit du royaume de Bénin à l’Est et du royaume Yoruba d’Oyo qui eux-mêmes péricliteront avec l’arrivée des britanniques à la fin du 19è siècle. Mais pour les Yoroubas, Ifé restait le coeur du monde, la ville sainte où les dieux étaient descendus pour peupler la terre, et où résidait l’Oni, le roi divin incarnant les ancêtres éternels. Le visage sacré de l’Oni inspirait l’existence de ces têtes en bronze ou en argile, qui servaient de figures commémoratives pour indiquer que si le roi était mort, son image restait immortelle.

  • Une tradition authentiquement africaine

Lorsque les Européens découvrirent les têtes en bronze d’Ifé en 1938, ils s’empressèrent d’en attribuer la paternité à une colonie carthaginoise qui aurait fait souche au Nigéria, comme si des Africains étaient incapables de créer des oeuvres d’un style aussi raffiné. Pour eux, il n’était pas possible qu’une civilisation africaine ait pu exister et laisser des artefacts de cette qualité. Aujourd’hui, les experts reconnaissent que ces statues représentent une tradition authentiquement africaine ayant atteint un niveau élevé de réalisme et de finesse.

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