RETOUR DE SYRIE, JUILLET 2017

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Les lignes ci-dessous font un compte rendu de mon court séjour en Syrie, du 15 au 25 juillet 2017, à Safita et Damas essentiellement. 

● Safita

Safita est une ville de 35 000 habitants, située dans la chaîne de montagnes côtières de Syrie, à 25 kms de Tartous, deuxième port du pays (après Lattaquié), sur la Méditerranée. La région de Safita a été relativement épargnée par la guerre. La raison est qu’elle est majoritairement habitée par les chrétiens et que donc les djihadistes et leur idéologie islamiste n’avaient aucune chance de s’y implanter. Cependant, lorsque l’on parcourt Safita et ses environs, une chose nous ramène aux dures réalités de la guerre. Ce sont ces portraits géants des soldats tombés pour la patrie, et placés aux abords des villages dont ils sont originaires. En les voyant, nos coeurs se serrent de douleur en pensant à toutes ces familles qui ont perdu la prunelle de leurs yeux mais qui savent que leurs fils ont choisi de faire le sacrifice de leur vie pour leur pays.

● Damas

A Damas, capitale du pays et ville de 3 millions d’habitants (la Syrie compte 22 millions d’habitants), la situation est plus tendue qu’à Safita car il y a encore des poches de djihadistes qui se sont implantés dans ces banlieues pauvres (Qaboun, Barzeh, Drayah, Ay Tarma, Irbin, …), majoritairement sunnites et très perméables aux discours radicaux des groupes de rebelles islamistes. Ceux-ci sont nombreux et les appellations qu’ils se sont données sont bien trompeuses car ils n’ont fait du bien ni à l’Islam ni à Cham (nom arabe de Damas) : Failak al Rahman (La Légion du Tout Miséricordieux), Jaych al Islam (L’armée de l’Islam), Front Al Nosra (Front pour la Victoire des Gens du Cham) rebaptisé Jahbat Fatah al Cham (Front de la Conquête du Cham), Faylaq al Cham (Légion du Cham), Ahrar al Cham (Mouvement Islamique des Hommes Libres du Cham), Jaych al-Tahrir al-Cham (l’Armée de la Libération du Levant), … Ces banlieues ont presque toutes été reprises par l’armée et le cours normal de la vie y reprend. Seules quelques enclaves (Jobar, Douma, …) sont encore aux mains des rebelles et on entend toute la nuit leurs échanges de tirs et d’obus. Toute la ville de Damas est quadrillée par les militaires et on ne peut faire 50 m sans passer par un poste de contrôle où les voitures et les passants sont fouillés.

● Héroïsme

Le pays est progressivement en train de vaincre cette terrible vague de djihadistes qui l’ont ravagé durant 6 ans (la guerre a commencé en mars 2011). Et cela grâce à l’héroïsme de l’armée syrienne, soutenu par le courage et la détermination de la population qui, dans son immense majorité, a refusé le projet de société islamiste que les extrémistes voulaient lui imposer. Les syriens ont ainsi prouvé à quel point ils étaient attachés à cette Syrie plurielle et multiconfessionnelle où, depuis des siècles, les cultures et les religions cohabitent. La population a fait bloc derrière son armée et son président et n’a jamais douté que le pays retrouverait un jour la paix et se reconstruirait, toujours plus fort. Le soutien des pays amis (Russie, Chine, Iran, Irak, Liban, …) a été déterminant. En soutenant la Syrie, ils l’ont aidée à mener ce combat qui est celui de tous les pays qui veulent vivre libres, dans le respect de la diversité et de la dignité humaine, au sein d’un monde multipolaire où toutes les cultures et les peuples cohabitent, dans l’échange mutuel et la réciprocité.

● Retour au pays

Près de 600 000 syriens sont revenus chez eux, à Homs et Alep principalement. 80 % d’entre eux étaient déplacés dans d’autres régions du pays. 20 % étaient réfugiés dans les pays voisins (Liban, Jordanie, Irak, Turquie, …). Si ces chiffres sont extrêmement positifs, il ne faut pas oublier que 6 millions de Syriens restent déplacés à l’intérieur du pays et que plus de 5 millions sont réfugiés à l’étranger. Les usines se réinstallent et à Alep, première ville industrielle du pays, on entend à nouveau le bruit des machines des industries textiles. Autre signe de la reprise économique, la Foire Internationale de Damas, qui n’avait pas eu lieu depuis cinq ans, a rouvert ses portes hier 17 août 2017, au Village des Expositions, sur la route de l’aéroport. 23 pays sont présents. Les pays hostiles à la Syrie, qui avaient programmé sa destruction, n’ont pas été invités. Des entreprises françaises, britanniques, allemandes, … seront présentes mais leur participation se fera à titre individuel. Cette foire veut marquer le début de la reconstruction du pays. On attend 70 000 visiteurs. Le site est déjà noir de monde.

● Inflation

Malgré tous ces signes encourageants, les traces de la guerre restent vivaces. Une d’entre elles est l’inflation des prix. Ceux-ci ont presque tous été multipliés par dix : un chawarmat (sandwich) qui coûtait 100 LS (livres syriennes) coûte maintenant 1 000 LS. Le kilo de viande est passé de 500 à 5 000 LS. La raison en est que des zones entières, touchées par les combats, ont dû arrêter leur agriculture et que le pays, qui était autosuffisant sur le plan alimentaire, doit maintenant importer beaucoup de biens alimentaires. Un salarié moyen touche mensuellement 50 000 LS (80 euros) alors qu’il en faudrait dix fois plus pour bien vivre. Comment les familles font-elles pour s’en sortir ? Le courage, l’abnégation et la solidarité sont la réponse. Sans oublier ce qu’envoient les exilés à leurs familles restées au pays. Le cours de l’euro est passé de 60 LS à 600 LS. Autant dire que seuls les riches peuvent maintenant envisager d’acheter une voiture importée alors qu’avant la guerre, une famille moyenne pouvait le faire.

● Courage

Le courage des syriens nous donne chaque jour une formidable leçon pour l’avenir de la Syrie et de la région mais aussi pour celui du monde. Le courage avec lequel le peuple syrien a défendu sa culture, son histoire, … est une invitation faite à chaque peuple de se réconcilier avec lui-même et avec le monde. C’est un peu de l’intelligence du monde que la Syrie a défendue et pour laquelle elle s’est battue. On a voulu broyer ses mains pour faire taire la vérité, mais la foi et l’héroïsme de la Syrie ont été pour tous un vrai cours d’éducation à la liberté. Capable de souffrir dans la dignité tout en restant debout, les syriens ont été de vrais héros. Face à ces puissances qui ne savent que détruire, diviser et créer des situations de violence inouïe pour piller les richesses des autres, la Syrie a su se faire respecter en tant qu’Etat et en tant que peuple. La guerre en Syrie n’avait rien d’un événement isolé, ni par le temps, ni par la géographie, et a montré au reste du monde sa nature historique et universelle. C’était la lutte des pauvres pour pouvoir continuer à marcher fièrement, à chanter le courage de leur pays, sans se cacher, ni se mettre en scène. La Syrie nous a dit que chaque homme, chaque peuple, chaque culture est un trésor pour l’humanité et que le monde doit les préserver jalousement s’il veut continuer de vivre.

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